transition de la partie 1 à 2 // v.2
CONCLUSION PARTIE 1
Au cours de cette première partie, nous avons établi plusieurs fiches thématiques qui nous ont permis de dresser un portrait de la situation actuelle de l’urbanisme dans nos villes françaises. De nombreuses mutations ont actuellement lieu et expliquent plus clairement comment un exemple tel que celui cité en début d’introduction peut ainsi aujourd’hui se produire.
En effet, la ville évolue et se transforme, dans ses échanges, avec la présence et l’usage croissant du numérique. La forme urbaine n’est plus uniquement définie architecturalement, mais structurellement par les flux d’échanges et de communication, physiques et numériques, qui ont lieu en son sein. Ces réseaux dessinent les centres urbains.
Lorsque l’on étudie l’espace urbain, c’est la société que l’on étudie en réalité. La société contemporaine est une somme d’individus hypertextes, dont les relations sociales ne sont plus exclusivement définies par le voisinage, la famille et le milieu professionnel, comme auparavant. En effet, l’individu de la société de l’information est un nœud entre plusieurs réseaux sociaux qui dépassent les frontières géographiques et temporelles locales et deviennent globaux.
Dans ces conditions, les comportements de l’individu influent sur l’usage de l’espace urbain et redéfinissent l’espace public. Il ne se situe plus au niveau de l’espace des rues, mais dans les plateformes numériques qui s’y superposent. L’espace de la ville ne constituerait alors qu’un milieu d’accès à l’espace public, alors mobile, réversible, invisible et intangible.
Paradoxalement, si l’usage des TIC retire en partie l’aspect public de l’espace urbain, il constitue également une moyen pour se réapproprier l’espace urbain, lui redonner son caractère public, notamment à travers l’activisme de réseaux sociaux et politiques contestataires, qui, grâce à ce support d’expression et de fédération, s’étendent et agissent à l’échelle glocale.
Mais alors, cet espace public redéfini est-il si dissocié de l’espace urbain? On se rend compte que l’on ne peut dissocier l’espace public virtuel, produit par les usages et les appropriations de l’Internet, de l’espace urbain. Ces deux espaces, espace et e-space, s’interpénètrent, se chevauchent, se superposent et impactent sur l’évolution de l’un et de l’autre. L’espace et l’e-space convergent et génèrent de nouvelles problématiques dans un espace public à la logique double : l’espace physique et l’espace des flux, que l’on ne peut dissocier. Cet espace public hybride modifie et enrichit les comportements et les modes d’interaction de l’individu à son environnement.
Parallèlement, les villes mettent en place des initiatives nouvelles et s’engagent vers de nouvelles stratégies urbaines, ce que Marc Armengaud nomme l’urbanisme flexible, qui transforme les villes en villages géants, intégrant les notions numériques, conscient de la nécessité d’un développement durable de la ville. Ce qui fait une ville, ce sont ses habitants. La re-découverte de l’espace public par le citadin est nécessaire pour «le réconcilier avec sa ville», créer un lien affectif et ajouter de la valeur qualitative. Le numérique constitue un élément de réponse simple face à ses problématiques urbaines nouvelles, mais qu’il est possible de traiter selon des politiques et des stratégies très variées.
Sous l’essor des réseaux haut débit sans fil urbains et du foisonnement grandissant des objets connectés (personnels et publics), de nombreux services urbains ont déjà muté. Dans les domaines de la mobilité, du tourisme, de la publicité, de l’information de quartier, des services publics administratifs, de la sécurité et du développement durable, les villes et acteurs urbains tapissent l’espace public de services et produits évolués par le potentiel d’usage et d’innovation des TIC. Mais les propositions restent caricaturales et lourdes. Nous ne sommes qu’aux balbutiements des services numériques urbains, les exemples cités s’inscrivent comme des applications directes de technologies, assez peu séduisants, peu créatifs et finalement peu matures face aux moyens technologiques employés, tandis que d’autres scénarii d’usage et d’autres modalités interactions sont possibles.
Enfin, face à ces nombreuses évolutions technologiques et sociétales, la création de services urbains adaptés à l’espace public tel qu’il est aujourd’hui pratiqué, nécessite un renouvellement dans les processus de conception. L’usager, le citadin, est au centre des projets et services urbains. Par conséquent, la création et le développement de services doivent intégrer une multiplicité d’acteurs variés et très opposés (mais complémentaires), ainsi que la mutualisation des savoir-faire et des expertises, pour proposer une offre qui corresponde à la complexité sociétale à qui elle est adressée.
Aujourd’hui, la conjugaison des flux et réseaux urbains, des objets et individus connectés (et de leur comportement) dans l’espace public modifient la pratique de la ville, le statut, la forme et la représentation de l’espace public. La ville tend à s’utiliser comme le Web, aussi bien par les services et interfaces proposées, centrées et tournées vers l’utilisateur, que dans l’approche sociale, communautaire et collaborative des réseaux (de manière libre et spontanée, grâce à des outils participatifs simples d’utilisation et appropriables facilement et une accessibilité qui se généralise).
>> citation sur page seule de Italo Calvino
Les Villes et le désir >> p.46 ???
Les Villes et le regard >> p.109 ???
INTRO PARTIE 2 // VILLES INVISIBLES
Dans cette seconde partie du mémoire, je vous propose de nous intéresser à la création actuelle et aux usages nouveaux dans l’espace public, en gardant en tête les observations, analyses, notions et problématiques dégagées en première partie.
La lecture du livre Les Villes Invisibles de Italo Calvino m’éclaire beaucoup sur le regard que l’on peut porter au quotidien urbain. En effet, l’auteur parle des villes contemporaines occidentales, mais sous l’anonymat d’utopies. Par la narration employée pour décrire et problématiser les formes, signes, organisations, désirs et imaginaires urbains, Les Villes Invisibles me permettent de prendre du recul pour mieux comprendre l’analyse effectuée en première partie de ce mémoire et pour proposer d’autres visages, d’autres perceptions, d’autres usages de la ville.
La réflexion dans cette seconde partie est basée sur le renouvellement de la créativité et sur l’imaginaire comme vecteur de création dans l’espace public pour l’adapter aux modes de vies et aux états d’esprit actuels des citadins. L’objectif est de mettre en évidence les pratiques décalées, inattendues qui sont souvent à la base de l’innovation d’usage, et de comprendre comment et autour de quelles notions vues précédemment elles s’organisent, sur quelles technologies elles s’appuient, selon quelles modalités, etc.
L’enjeu est double. Dans un premier temps, il s’agit d’ouvrir des possibles et de permettre de penser la ville différemment, tout en nous appuyant sur l’analyse effectuée jusqu’à présent pour mieux comprendre. L’objectif est de pouvoir ainsi concevoir de manière nouvelle les projets urbains, et de créer des propositions différentes, imaginatives, adaptées.
A travers l’observation et l’analyse d’exemples concrets de projets et d’expérimentations, l’enjeu est également d’interroger le regard du créateur urbain et de définir le rôle et la place du designer dans ce domaine d’intervention, dans lequel il n’a a priori pas de réel statut (ou alors celui d’un décorateur, d’un habilleur, qui dessine le mobilier urbain ou l’éclairage public).
Comme je l’ai brièvement évoqué en introduction de ce mémoire, j’ai pris pour habitude depuis mon premier projet à l’ADN-Ensci, de collecter une somme de projets et d’expérimentations, à mon sens, pertinentes dans leur approche de l’usage des TIC et de l’innovation par le design numérique. Cela me permet de rester informée des technologies employées nouvelles (cela varie et s’étend rapidement) et d’observer les tendances et comportements des usagers, qui sont modifiés par les phases d’appropriation ou de gestation de telle ou telle technologie ou tel ou tel service. Lorsque j’ai commencé à travailler sur cette thématique, lors de la phase de recherche du début du mémoire, j’ai collecté avec ferveur et commenté des projets / expérimentations qui témoignent, selon moi, d’un renouveau de la création et de l’usage dans l’espace public. Je propose ici dans cette seconde phase de mémoire, d’en établir une analyse ordonnée qui nous permettra d’extraire et de mettre en avant des piste de réflexion et de création.
J’ai construit les chapitres de cette partie de manière à pouvoir mettre en parallèle des projets et expérimentations précis et concrets, et une réflexion plus générale sur l’usage de l’espace urbain, basée sur l’observation et l’analyse des projets présentés. Ainsi le texte du mémoire est ponctué par des « pages – fiches » présentant ces exemples particuliers. Pour chacun de ces projets, la démarche a été de décrire et interroger l’exemple pour mieux le comprendre et en saisir les enjeux, notamment concernant l’objet de cette étude : qui créé ? pour qui ? et où, dans quel contexte urbain (politique, économie, histoire et social) ? Quel en est l’enjeu (ou les enjeux) ? Quel usage et quelle modalité d’interaction ? Quelles sont les problématiques et questions soulevées ? Quelles en sont les conséquences ? Comment aller plus loin ?
Cette seconde partie est un souffle et propose une manière différente d’aborder la ville et ses usages, en suggérant d’autres manières de regarder le quotidien urbain et de penser la ville. Pour finalement y créer différemment.
Comment la convergence entre espace et e-space et l’usage de médias géolocalisés entraînent-ils de nouvelles représentations et de nouvelles relations sociales, mêlant imaginaire et service fonctionnel?
La ville numérique est un espace dans lequel l’individu interagit de manière nouvelle avec son environnement. La perception augmentée et la ville en tant qu’interface constituent-elles une base créative?
Jeu, loisir, rêve et désir, est-il possible de penser et concevoir la ville à partir de paradigmes créatifs différents?
L’imaginaire et le numérique permettent-ils de renouveler la pratique urbaine?
vendredi 31 août 2007
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