dimanche 25 mars 2007

PARTIE 1D


POLITIQUE URBAINE DE « PUBLICISATION » DE L’ESPACE PUBLIC



A ce stade de la réflexion, il est intéressant de nous pencher sur des exemples concrets de politiques urbaines. Avant de parler des usages numériques qui se déroulent au sein de l’espace public, il faut ne faut pas négliger la ville telle qu’elle est. Quelles orientations urbanistiques guident les villes actuellement ?

Parallèlement à des initiatives privées, comme celle citée en introduction, on peut s’apercevoir que les logiques d’urbanisme actuelles tendent à fédérer leurs habitants, notamment autour d’événements, faisant même émerger des communautés urbaines, notion jusqu’alors absente du vocabulaire urbain français. Pourquoi transformer aujourd’hui les cœurs de villes en village géant vivant ?
Suivant les exemples des années 1960-1970, s’appuyant sur le modèle d’Archigramme (« ce qui fait une ville, c’est surtout ses habitants ») et de la Plug-In City, « ville itinérante dynamisée par les flux de l’événement et de la circulation de l’information », de nombreuses métropoles mettent en place des initiatives créatives et temporaires, rassemblant les habitants autour d’événements festifs, sportifs, culturels. La re-découverte de l’espace public par le citadin est nécessaire pour le réconcilier avec sa ville et créer un lien affectif.
Dans cette partie, nous nous intéressons aux projets mis en place par les villes afin de favoriser d’une part, l’usage par les citadins des espaces verts, des rues lors d’événements, et d’autre part la cohésion entre les habitants, en prenant pour exemple dans un premier temps la ville de Rennes, qui initie depuis plusieurs années ce type d’activités, incitant la participation des rennais, avec toujours un regard bien particulier en ce qui concerne le rapport entre acteur public et prestataire privé de service. Ensuite, nous étudierons le cas de la ville de Paris, qui tend à transformer son cœur de ville en village géant, où se multiplient les événements populaires, intégrant également un vaste programme urbain de mise en place de l’Internet «pervasif». Ces différentes logiques urbaines s’appuient aussi sur une (timide) appropriation des espaces hybrides que nous venons de définir.


RENNES, VILLE QUI APPARTIENT A SES HABITANTS
La ville de Rennes, sous la direction de Hugues Aubin, chargé de mission aux technologies de l'information et de la communication, connaît une orientation particulière. De par sa situation géographique et économique, elle est un creuset technologique, rassemblant dans sa région, plusieurs centres de R&D et écoles d’ingénieurs. Elle connaît ainsi un développement important des usages numériques, « grand public » et urbains. Par ailleurs, la ville de Rennes est dirigée avec une certaine méfiance et vigilance commerciale et l’acteur public est mis en avant.(1)

Rennes Citévision
Rennes étant un grand technopole, elle se dote assez rapidement d’une modélisation 3D de la ville. « Le projet expérimental Rennes Citévision, développé par la municipalité en collaboration avec Archividéo et France Télécom, permet de naviguer dans la ville à partir d’une maquette 3D et/ou d’un plan. L’objectif est de proposer de l’information et des services de proximité aux rennais en utilisant les technologies multimédia proches du jeu vidéo”. » (2) L’enjeu du projet est de « développer un outil interactif et simple d'utilisation pour se repérer instantanément dans la ville et accéder aux sites Internet des organismes utiles à la vie quotidienne (décliner le guide pratique de ville sous une forme adaptée aux nouvelles technologies). »
Rennes Citévision est un produit qui se loue (l’espace de la ville de Rennes est un objet qui n’est pas donné aux concessionnaires), qui permet ainsi de développer des usages innovants dans les réseaux de communication haut débit. Par exemple, LesPagesJaunes propose d’y superposer son service d’annuaire en ligne à ce plan 3D de la ville. Ainsi la recherche d’adresses s’effectue sur la map virtuelle et permet pour l’utilisateur un meilleur repérage.
Il s’agit pour ce service d’information et de repérage 3D d’un premier exemple, démontrant le potentiel d’une telle modélisation. Il n'est pas question d’une cartographie uniquement virtuelle (ce n’est pas coupé de la réalité, ni un monde parallèle comme Second Life) Rennes Citévision est réellement de la même ville, mais sous une autre forme de représentation, qui peut apporter de la valeur ajoutée aux services urbains et développement du territoire (ce n’est pas un jeu comme Second Life, ou un gadget) Ce type de représentation urbaine complémentaire peut faire évoluer les processus de conception et les politiques urbaines.

Tout Rennes Blogue
Rennes propose également plusieurs événements se succèdent tout au long de l’année, provoquant animations et rencontres des habitants et prise en possession des espaces publics physiques et virtuels de la ville : Tout Rennes à vélo, Tout Rennes Nage, etc.
Tout Rennes blogue (3) est une initiative de la ville de Rennes pour inciter ses habitants à créer des blog d'échanges, de partages et de découverte de Rennes et de sa région, dans le but d’offrir des informations localisées, trouver un emploi dans la région, échanger ses savoir-faire, discuter de l’actualité rennaise. Durant toute la période de mise en place de la production des contenus, plusieurs affiches et kakémonos ont jonché les rues de la ville, indiquant les lieux communs à enrichir par les données de tous. Le but de l’opération est de pouvoir offrir une information (à travers le blog, espace dédié sur la toile Internet) liée au lieu (précis dans la ville), grâce aux contributions de chaque citadin. Les individus participent en envoyant de l’information directement depuis le lieu public (parc, place, etc.), ce qui permet également de développer l’usage de technologies d’édition et publication de contenu multimédia géolocalisé, dans un contexte de mobilité. La ville propose un maximum d’accessibilité au réseau, en prêtant des téléphones mobiles 3G et des bornes publiques d’accès à Internet. L’initiative mise en mise en place connaît un vif succès de la part des habitants qui ont la possibilité de s’exprimer, dévoiler des points de vue gratuitement et librement. Le service propose une blogosphère locale, autrement dit un portail de blogs, mettant en avant la ville vue par ses habitants. Effectivement un ensemble d’usages ont émergé de cette infrastructure d’échanges disponible : services de petites annonces de quartier, service d’information sur de l’événementiel, des rencontres sportives, culturelles, etc.
Le web aide à prendre en charge les publics afin d’inventer la ville de demain.


PARIS VILLAGE NUMERIQUE GEANT?
«L’espace public existe par l’événement qui réunit une collectivité, par la surprise qui renouvelle la relation entre le citoyen et la ville».(4)
La ville de Paris effectue ce que Marc Armengaud nomme une «expérience de re-publicisation» de son espace public, appuyant le succès des stratégies d’urbanisme temporaire. Beaucoup de politiques urbaines actuelles suivent cette même tendance qui consiste à transformer les grandes villes en «villages géants». Ceci se traduit par l’organisation d’événements populaires, la favorisation des communications douces, notamment en terme de transport. Il s’agit de préserver une ville humaine, à laquelle on redonne plus de valeur et à laquelle l’habitant s’attache et montre publiquement son affection ( cf. panneaux publics pour signaler aux maîtres qu’il faut ramasser les crottes de leur chien « j’aime mon quartier, je ramasse »), en ajoutant de la qualité de vie urbaine, aussi bien dans les transports que dans l'augmentation d’espaces verts, de promenades pédestres. Le citadin est également sensibilisé au développement durable et à l’écologie (bien que tous les quartiers de Paris n’effectuent pas encore le tri sélectif).
L’usage par les piétons de l’espace public fait partie de la stratégie urbaine de Paris. Après avoir trop longtemps privilégié la circulation automobile et donc structuré la ville par rapport à ces flux de véhicules, la ville remet en valeur le cœur urbain, l’embellissant. Aujourd’hui, par la fermeture le dimanche et jours fériés des voies sur berges et de certains quartiers centraux parisiens, les habitants sont incités à la promenade et d’ailleurs monopolisent l’espace, sont présents et se promènent dans un espace redevenu calme et où il est agréable de circuler. La marche ici n’est pas un moyen de déplacement, complémentaire ou non d’autres mobilités ; c’est la marche en tant que promenade, prétexte de relation à la rue.
Paris Plage bloque les voies sur berge pendant quatre semaines pour transformer cet axe routier en plage artificielle estivale ; la Nuit Blanche en octobre mobilise les rues, galeries et lieux emblématiques parisiens durant toute une nuit avec des installations et animations artistiques, invitant les habitants à investir la rue pour se déplacer d’un point à l’autre de la ville ; le Paris Roller s’insère chaque vendredi soir et dimanche après-midi dans la circulation routière, cédant la chaussée aux amateurs et sportifs à roulettes ; la Fête des Voisins convie chacun à organiser des apéros dans les cours d’immeubles ; des pique-niques s’improvisent sur les bords du Canal Saint-Martin à l’apparition des beaux jours. Ces divers événements tendent à être de bons moyens de tester des programmes d’aménagements de certains quartiers. Marc Armengaud nomme ce phénomène l’ «urbanisme flexible», un urbanisme qui consiste en des programmes «légers». Ces événements populaires visent à questionner l’amélioration de la qualité de vie des citadins, notamment en leur offrant du divertissement, de l’inédit dans l’espace public. L’avantage pour la collectivité urbaine en est la propriété éphémère et temporaire qui ne nécessite pas d’énormes aménagements infrastructurels. C’est donc une série de projets urbains plus immédiats et moins coûteux. L’usager étant le meilleur facteur de tri, la commune peut évaluer le succès de telle ou telle opération, afin de la pérenniser ou non dans le temps et dans l’espace. En revanche, il n’est pas certain que ces aménagements temporaires rencontrent le succès escompté s’ils deviennent des aménagements urbains pérennes, car le côté événementiel est justement le facteur de leur succès.
Les politiques urbaines parisiennes valorisent l’image de la ville par l’événementiel et les espaces verts, incitant les habitants à entrer en contact les uns avec les autres et les fédérer derrière une ville à « l’esprit humain » (ou du moins à l’échelle humaine) à travers divers prétextes, sportifs, culturels, sociaux, festifs. Après une trop forte individualisation dans les usages urbains, c’est un moyen de générer de l’entre aide, un esprit communautaire chez les habitants et des rencontres sociales, comme c’est le cas pour l’exemple qui suit.

Peuplade
Initiative privée au départ, Peuplade est un réseau social de proximité, dont la Mairie de Paris, la Ratp et SFR assurent aujourd’hui la promotion. Il est constitué d’un site Internet (5) dont l’interface propose des «outils [gratuits] permettant la mise en relation des habitants d'un même quartier au travers notamment d'échanges, de rencontres, de développement de projets, de rendez-vous et d'autoportraits.» Les habitants s’inscrivent de manière géolocalisée (je donne mon pseudo et je pointe ma maison sur GoogleMaps), s’informent et informent, participent à la vie de quartier. Chacun remplit son profil, qui renseigne sur le quartier (magasins favoris, lieux forts, etc.) et sur les capacités qu’il peut offrir et partager avec ses voisins (bricolage, babysitting, etc.) Plusieurs rubriques s’y concentrent encourageant l’initiative privée et les relations sociales avec son voisinage, comme par exemple, un service de petites annonces où les participants peuvent échanger objets et services. Chacun peut alors créer ou participer à une «peuplade», càd un groupe d’individus fédérés autour d’une passion ou un intérêt commun, toujours avec le souci de garder un lien avec le réel. En effet, le site ne constitue pas uniquement une communauté virtuelle. Les participants habitant tous à Paris et dialoguant pour la plupart avec les communautés proches de lui, soit des personnes relativement voisines, beaucoup de peuplades proposent des apéros de quartier, des séances de cinéma privées, des représentations de théâtre incongrues dans des appartements privés.
Les rencontres virtuelles du réseau (site Web) créent de la sorte de l’espace public local et temporaire.

Parvi
Parallèlement, Paris soutien l’expansion des réseaux numériques et leurs usages et met en place le programme «Parvi», Paris Ville Numérique (6), qui comprend la mise en place d’arrondissements – hot spots, dans lesquels le WiFi pourra être capté depuis n’importe quel point de l’espace public. Le WiFi à Paris définit un nouvel art de vivre, offrant une connexion omniprésente gratuite à Internet, en haut débit, sur plusieurs sites municipaux comme les espaces verts, les mairies et lieux publics (bibliothèque, écoles, etc.)
Bien sûr cela profite donc aux services publics urbains, qui peuvent ainsi émettre de l’information en permanence (et garantir leur utilité), que l’on va pouvoir (et devoir ?) réceptionner à tout moment, en contexte de mobilité ou domestique.
Mais quels autres usages ce réseau ouvert et offert peut-il faire émerger ?
Est-ce que, comme à Rennes, les habitants vont participer ? Est-ce que cela sera déclencheur de nouvelles appropriations, de nouvelles pratiques?

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NOTES :

(1) D’ailleurs, ce n’est pas JC Decaux qui est le concessionnaire du mobilier urbain dans cette ville, comme dans la majorité des villes du territoire français, mais son concurrent (américain) direct ClearChannel.
(2) Internet Actu, par Daniel Kaplan le 1/02/2005 + http://www.citevisions.rennes.fr/
(3) http://www.toutrennesblog.com/
(4) Marc Armengaud
(5) www.peuplade.fr
(6)http://www.paris.fr/portail/Economie/Portal.lut?page_id=105&document_type_id=4&document_id=13895&portlet_id=14067

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1 commentaire:

sandrine a dit…

je pense que cette sous-partie est encore incomplète ; il manque notamment je pense quelques précisions concernant la politique de la ville de Rennes, ainsi que sur le Parvi.