dimanche 25 mars 2007
PARTIE 1E
NOUVEAUX SERVICES, POTENTIEL D’USAGE DES TIC AUJOURD’HUI
Aujourd’hui comment bénéficient la ville et les acteurs urbains du potentiel d’usage des TIC ?
Que ce soit dans le domaine de la mobilité et des transports ou encore dans le domaine de l’information urbaine, comment évoluent les services urbains ?
Nous allons nous intéresser aux domaines de la mobilité, du tourisme, de l’information de quartier et de la publicité, et voir comment, dans ces domaines d’interventions et d’applications, les services urbains sont « augmentés » par l’ensemble des paramètres que nous avons exposé précédemment (réseaux sans fil, Internet pervasif, objets numériques mobiles, modes de vie contemporains individualisés, etc.) Les exemples cités dans cette sous-partie sont tous des usages actuels et proposent des orientations d’évolution des services dans ces domaines. Ils constituent les prémices de services urbains qui peuvent par la suite être davantage innovants.
PENSER MOBILITÉ AUJOURD'HUI
Désormais, de plus en plus de lieux dans l’espace public intègrent des technologies de connexion sans fil et permettent ainsi aux utilisateurs et aux machines un accès plus répandu aux réseaux. Les technologies de l’information et de la communication telles que les réseaux mobiles sans fil, ordinateurs, tags RFID, capteurs divers, etc., ont un potentiel d’usage pour les services urbains.
La convergence entre l’espace tangible et l’e-space annonce une mobilité « intelligente », ou du moins renouvelée, basée sur d’autres critères, notamment qualitatifs. Nous assistons à une évolution dans les déplacements urbains. La mobilité doit aujourd’hui être envisagée de manière nouvelle, afin de mieux servir l’usager qui se déplace, mais également lui apporter de la qualité dans les transports. Or, la qualité ne se situe plus, aujourd’hui, uniquement dans le confort des rames de métro ou dans l’éclairage des couloirs des stations de métro. La mobilité, c’est aussi l’information relative à la mobilité. La mobilité regroupe aussi bien l’information relative aux déplacements que le transport lui-même. La qualité de la mobilité est globale. Philippe Essig, ancien président de la RATP, le citait en 1980 : « Dans vingt ans, notre métier sera fait de 50% de transport et 50% de communication ». Il importe de prendre en compte l’espace et le temps du transport, avant, pendant et après le déplacement. Dès lors, la mobilité s’accompagne d’autres services, annexes au transport, liés au temps de transport, à l’information mobile, à l’occupation des passagers pendant leur transport, etc. L’information apportée au voyageur est améliorée et rend le transport et son organisation plus efficace et propre à chacun (intermodalité des différents transports - coordination au niveau des divers hubs et connexions entre les différents moyens de transports).
Les TIC sont mis à disposition de nouveaux services qu’elles améliorent, qu’elles rendent plus accessibles, moins complexes et moins coûteuses pour l’utilisateur. Adam Greenfield, spécialiste des techno, dans son livre Everyware, précise que l’Internet pervasif peut «améliorer l’expérience de l’utilisateur». C’est en cela que ce type de technologies ouvrent des possibles, en prenant en charge des notions jusqu’alors ignorées par les concepteurs de services urbains. Par ailleurs, l’évolution des services est un véritable défi à l’innovation au niveau hardware, comme l’affirme Dominique Laousse, travaillant au sein de la mission prospective de la RATP : «cette forte demande de mobilité urbaine, à la fois physique (se déplacer), sociale (accéder) et virtuelle (naviguer), constitue une pression à l’innovation en matière d’objets - outils mobiles de navigation et de communication».
Aujourd’hui, la RATP s’appuie sur le concept «la RATP dans ma poche» pour concevoir des projets intégrant cette nouvelle notion de mobilité. Ainsi naissent des projets d’information liés à la mobilité, qui assurent une continuité entre les différents modes de déplacements urbains et un suivi avec les activités connexes de l’usager, lui offrant un service actualisé et personnalisé. Le service est costumisé et s’adapte aux modes de vie et au rythmes de chaque individu. L’information diffusée ne se réduit pas uniquement au transport et à l’itinéraire lui-même, elle n’est pas uniquement fonctionnelle et prend de nouvelles dimensions : relationnelle, sensible, émotionnelle. «Les outils mobiles et fixes sont conçus pour mieux servir la mobilité et déclineront l’info en info-mobilité (offre de supports de création de parcours), en info-motion (maitriser les émotions engendrées par l’information), et en info-tainment (s’informer en s’amusant)»(1) Ces analyses prospectives ouvrent des possibles à la création pour que le temps de déplacement soit vécu et non plus subi, et constituent une base à la création de nouveaux services.
En ce qui concerne les supports de cette mobilité, aménagements et mobiliers mis en place doivent eux-aussi connaître une évolution, afin de s’adapter à cette mobilité actuelle et mieux répondre aux attentes et aux modes de déplacement de l’usager. Par exemple, le projet de station de bus interactives, proposé par la RATP, étudie le devenir de l’arrêt de bus urbain. L’«abribus intelligent », bi-face, interactif et multi-usage, transforme le mobilier urbain en borne informative et interactive, qui n’est plus un support de publicité (qui ne rapporte plus d’argent une fois installé ?) mais qui est vraiment au service de l’utilisateur. Des écrans dédiés à l’affichage et à l’interaction lui permettent de planifier un itinéraire, accéder aux nouvelles, aux lieux, activités et services de voisinage. Ces informations sont également téléchargeables. L’autre face de l’objet urbain détecte la présence de voyageurs et répond par un jeu d’affichage graphique.
L’enjeu de ce type de projet est aussi de redéfinir des schémas de mobilité, plus flexibles, proches des modes de vie et comportements des utilisateurs. Cela souligne également le fait que les possibilités d’interactions se multiplient, que les équipements technologiques évoluent rapidement et qu’il est difficile de prévoir quels seront les usages innovants qui persévèreront dans la mobilité urbaine de demain.
Ce type de projet n’en est qu’à ses balbutiements, et doit encore prendre en compte de plus amples paramètres dans sa conception, comme notamment la participation de l’usager dans la diffusion de l’information elle-même et le degrés de « publicité » de cette information.
Par extension, le projet du MIT SenseAble City Lab, « Touching The City » Zaragoza Bus Stop, créé pour la "World expo 2008" qui aura lieu dans la ville de Zaragoza en Espagne en 2008, explore le potentiel d'un abri bus non statique qui devient un objet interface entre l'usager du bus et le quartier. Par cette interface tactile, l'usager des transports publics peut s'informer, informer, transmettre, recevoir des données. L'arrêt de bus délivre une information personnalisée et locale, à la fois produite par les passagers, les habitants du quartier mais aussi par les compagnies de transports.
LE TOURISME AUGMENTÉ
Dans le prolongement de ce terrain d’investigation, nous allons nous intéresser au «tourisme augmenté» (2)
Notons que le tourisme représente une forme de mobilité en soi, mais une mobilité qui n’est pas quotidienne - et qui implique des déplacements souvent plus lourds, qui peut être urbaine ou non. Les services mobiles peuvent développer de nouveaux usages touristiques et de nouvelles formes de tourisme, un tourisme enrichi. Les possibilités d’usage données par la géolocalisation et les appareils personnels mobiles sont également mis à profit des services touristiques, en augmentant la visite réelle par de l’information et du repérage. Information et service d’une part, et usage des technologies d’autre part, modifient les applications dans ce secteur de service urbain.
Le premier exemple que nous allons observer est celui du château de Chenonceau, qui propose des audioguides ayant pour support l’iPod de Apple. Les résultats sont probants et démontrent que le tourisme a tout intérêt à s’enrichir de ce type de services et de valeurs ajoutées. L’intérêt est de pouvoir par exemple offrir à l’usager une information contextuelle, liée au lieu traversé, visité, en enrichissant l’expérience touristique. Cela permet d'un autre côté, pour les prestataires de services, les centres culturels et musées de mettre à jour rapidement les informations diffusées. D’autre part, dans un contexte de visite et découverte urbaine, Mobivisit de Orange, service d’information liée au lieu, à disposition des visiteurs touristiques et/ou des habitants de l’endroit, confirme cet usage. Ici, l’information est directement consultable depuis les téléphones portables et/ ou PDA des personnes - visiteurs, par le biais de téléchargement de « fiches » géolocalisées. Ce projet est disponible depuis 2004 et fait preuve de démonstration de faisabilité en terme de guide e-touristique.
N’oublions pas, que ces services partent du besoin qu’a la personne de se repérer dans un espace qui lui est donné à découvrir. Ainsi, ils enrichissent l’information diffusée par un service de guidage GPS urbain, guide d’un lieu touristique à l’autre, selon différents paramètres et/ou différentes thématiques (ballade sportive, Paris vert, etc.). Aujourd’hui, les villes utilisent également des audioguides spécifiques, géolocalisés, loués par les Offices de tourisme, comme la ville de Troyes par exemple. Chaque touriste possède ainsi sa propre manière de visiter la ville et ses lieux, adaptée à son rythme de visite. L’information peut ainsi être sans cesse actualisée et personnalisée. De septembre à novembre 2005, lors du festival History Unwired à Venise, le MIT a développé et expérimenté une application mobile touristique. A travers séquences vidéos et/ou audios, photos, des guides virtuels vénitiens proposent une visite guidée temps réel (une rencontre des artisans locaux) et géolocalisée d'un quartier caché de la ville. Il s’agit d’un même type de service, mais non plus uniquement statique, sous forme de plan ou de visualisation 3D, enrichie par les commentaires des commerçants, des habitants, etc. Le service interroge ainsi les formes de production d’information : l’espace physique est enrichi par de l’information mobile, relative au tourisme entre autres. Mais qui produit cette information ? Le touriste est-il aujourd’hui contraint de visiter selon les conseils du Guide du Routard, de l’Office du Tourisme, etc ? Quel apport dans ce domaine d’une publication et une mutualisation des informations relatives au lieu réalisée par les habitants et les touristes eux-mêmes, à l’exemple du projet Tout Rennes Blogue ?
Le tourisme augmenté nécessite-t-il obligatoirement l’intermédiaire interface de l’objet personnel mobile ? Peut-il y avoir d’autres supports, d’autres interfaces plus sensibles ?
SERVICES DE PROXIMITÉ : QUALITÉ DE VIE ET INFO DE QUARTIER
Tous ces services sont enrichis et relayés par les supports urbains eux-mêmes (équipements publics, bornes interactives, etc .) en s’adaptant au mieux à chaque contexte.
Dans la ville, l’usager est au centre des services, tout comme sur le Web.
Nous aborderons cette sous-partie par des projets de France Télécom, qui propose « des services innovants pour les territoires ». Point Visio Public (3) est un réseau de bornes interactives placées dans la rue, intégrant la visiophonie, qui offre un accès de proximité aux services publics. Le projet constitue un outil de mise en relation des citadins avec les services publics (mairie, CAF, ANPE, etc.) La borne publique intègre écran, imprimante et scanner et se sert du haut débit gratuit diffusé dans l’espace public. Sa fonction principale est de faciliter les démarches administratives, tout en conservant la confidentialité de l’individu qui se connecte. Ce type de projet a aussi pour enjeu l’aménagement et l’attractivité du territoire. Il interroge la relation future de l’usager avec les services publics. Mais cette interface est-elle réellement efficace ? Doit-elle nécessairement être placée ainsi dans la rue ? Effectivement, elles peuvent améliorer l’échange, mais il faut veiller au type d’informations diffusées, et à la relation homme-machine, pour que l’échange soit optimal et le service soit utilisé à bon escient.
Ce projet peut être décliné dans d’autres contextes, d’usage et de lieux, en proposant par exemple une version «domestique», accessible depuis son PDA ou son ordinateur de la maison.
Contact Diffusion Multimedia (4) est un autre service proposé par Orange, qui permet aux collectivités d’envoyer de manière efficace et appropriée de l’information aux citadins (inscrits et consentants) sur des supports tels que les téléphones fixes et mobiles, les fax, via le SMS ou encore la messagerie électronique. Ce service disponible par téléphone et Internet diffuse de l’information de proximité, locale et quotidienne, concernant les manifestations culturelles et sportives, les travaux de voirie, les démarches administratives, la santé, etc. Il permet également d’alerter dans une situation d’urgence (inondation, tempête, etc.) L’avantage de ce service est qu’il ne nécessite aucun équipement spécifique, puisqu’il utilise les supports et les technologies déjà en présence. Pour les collectivités, une interface de diffusion offre une cartographie simple, qui permet de cibler les envois et diffusions d’informations. Depuis septembre 2004, la ville de Marmande en Gironde située en zone inondable peut informer ses citoyens dans des délais très courts. Nous noterons également un vif intérêt pour les collectivités d’intégrer ce type de service pour promouvoir la démocratie participative, permettant aux citoyens de participer sans contrainte de lieu et d’horaire, à la vie locale de la collectivité.
Ces services, à l’initiative de FT et Orange, sont des solutions intéressantes pour les collectivités. En revanche, ils semblent plutôt rigides en terme d’usage, ils ne permettent pas à l’individu de participer de manière active (il est juste récepteur de l’information). Ainsi des services comme Peuplade, pour prévenir et informer les citadins de manière locale, rencontrent un vif succès et une forte appropriation des individus, car l’information diffusée correspond davantage à leurs attentes.
PUBLICITE NOUVELLE FORME
La société Kameleon Media propose une technologie appelée Mobizone, borne électrique équipée d’un module Bluetooth, venant s’intégrer dans le mobilier urbain déjà existant, donnant un accès gratuit et local à des fichiers multimédia. Cela permet pour les villes et les centres culturels / musées / centres sportifs, etc. de diffuser des informations complémentaires. Cela permet aux collectivités d’offir des informations relatives aux administrations, aux travaux publics, etc. ; pour les lieux culturels et sportifs, ils pourront diffuser de l’information relatives aux expos, ou encore aux rencontres sportives, permettant de réserver des billets, etc. Par exemple, les cinémas UGC intègrent, depuis 2006, cette technologie : lorsqu’il est à proximité du cinéma, l’utilisateur d’un téléphone portable équipé Bluetooth peut recevoir la liste des films pour les prochaines séances et accéder au service réservation UGC Prompto directement depuis son mobile ; par la suite, le client pourra accéder à un bouquet de services avec la consultation d’informations sur les films, bandes annonces, synopsis, etc.
Mais aujourd’hui, ce support technologique semble rencontrer un succès plus important encore dans le domaine de la publicité, plus que pour ces applications «info pratiques». En effet, grâce à ce type de solutions, le mobilier urbain (support publicitaire) devient interactif et les campagnes de communication deviennent dynamiques. Au passage devant la borne émettrice, l’individu reçoit une information complémentaire et supplémentaire (prix, coupons de réduction, catalogue, liste des magasins, etc.) directement sur son téléphone portable.
La publicité prend aujourd’hui de nouvelles formes et change de supports, s’immisçant même dans les objets personnels. Nokia a lancé une campagne publicitaire récemment pour son modèle 5200, téléphone 3G, lecteur multimédia. Les affiches de communication revêtent un QR Code, code barre évolué, permettant un lien direct vers un site de téléchargement de musique, simplement en prenant ce code barre en photo. Différentes applications et Plug-in permettent ensuite de transformer le téléphone portable 3G (avec appareil photo intégré) en scanner de code barre. Ces QR codes sont des codes barre de forme carrée, composés de carrés noir et blanc permettant d’y regrouper des informations de type texte, image/son, liens HTML, etc. Le téléphone permet alors à l’utilisateur d’accéder directement à une information complémentaire ou à un service lié à cette publicité. La publicité aujourd’hui dépasse le simple visuel (devant lequel on ne fait que passer) ou le spot audio ou télévisuel (que l’on ne fait que regarder). Cela rejoint ce que l’on peut nommer la e-publicité, c’est-à-dire la publicité électronique. En effet, les bannières de pub présentes sur le site sont actives et envoient la personne qui clique dessus vers d’autres sites marchands. Dans ce domaine-là également, la personne devient active et est un élément de la chaîne de diffusion de l’information publicitaire.(5) Cela étend la multiplicité des formats publicitaires. L’écran est le premier élément, support de cette publicité, qui n’est plus statique, et qui n’est plus uniquement passif.
Cette membrane, utilisée dans ce contexte publicitaire, peut alors altérer le rapport de l’individu à l’espace public. Au regard d’imaginaires de science-fiction, comme par exemple, dans le film Matrix, les supports publicitaires urbains pourront-ils à terme reconnaître l’individu, lui délivrer un message publicitaire personnalisé ? Permettre directement l’achat d’un produit, juste par le passage devant la vitrine d’un magasin ? Ces images fictives peuvent susciter une peur de la part des citadins, car le propre de l’espace public urbain est de permettre à tous et à chacun de rester anonyme, ce qui n’est plus possible dans ce scénario.
TECHNOLOGIES ET DEVELOPPEMENT DURABLE ?
L’alliance de ces deux termes ne va pas de soi. Comme le rappelle Daniel Kaplan (6) , les TIC sont synonymes de pollution à l’échelle de la planète, car les échanges sont plus rapides et démultipliés, les objets remplacent les autres de manière très rapide et cela crée des montagnes de détritus difficilement recyclables pour l’instant. Mais si l’on étudie les réseaux et les échanges créés par le potentiel des réseaux de l’information et de la communication actuels, ainsi que la posture des utilisateurs, l’idée reçue peut alors très vite être remise en question.
Dans les villes actuelles, où se concentrent une masse importante de sources de pollutions (circulation motorisée, déchets quotidiens, gaspillage d’énergies polluantes, éclairage public, comportements des personnes, etc.) la question de l’environnement devient primordiale et entre dans le quotidien urbain. «Le paradigme du développement durable oriente déjà en profondeur les réflexions et pratiques des acteurs de l'urbanisme, toutes catégories confondues, à qui l'on demande désormais de maintenir la qualité de l'air, de gérer l'eau, de traiter les déchets, d'économiser l'énergie, de privilégier la qualité de vie des habitants, de préserver la biodiversité urbaine, de chasser le bruit, de renforcer l'accessibilité… Dans les prochaines années cette tendance se renforcera, quel que soit le régime urbain.» (7) Thierry Marcou et Daniel Kaplan (Fing) citent les expérimentations de l’éco-quartier de BedZed en Angleterre et de l’éco-ville de Dongtan en Chine. Ces deux projets s’appuient sur l’optimisation des ressources locales, le recyclage et la minimisation des déchets, la construction de logements écologiques (aussi bien en matériaux de construction, qu’en énergie utilisée par la suite par les habitants, en améliorant leur qualité de vie), l’utilisation maximale d’énergies renouvelables et la récupération des eaux de pluie, de la chaleur et de l’énergie par panneaux solaires. Ces exemples montrent comment la ville, telle que nous la connaissons aujourd’hui, peut (et doit) à terme devenir une ville autonome en énergie. Le lien entre TIC et développement durable relève d’une stratégie politique, qui s’appuie sur le choix de modes de vie et la sensibilisation (et la connaissance) des acteurs de la ville ainsi que des citadins.
L’évolution des réseaux et des techniques de communication, d’information et de transport contribue fortement au développement durable de la ville. Au Luxembourg, les poubelles des citadins sont équipées de puces électroniques, qui permettent de chiffrer le poids et la fréquence des ordures jetées, afin de les facturer à l’usager. Moins on jette, moins on paye. La solution est quelque peu brutale, mais reste néanmoins un bon moyen de sensibiliser la personne à la quantité de déchets qu’elle produit.
Mais surtout, les réseaux permettent de sensibiliser un nombre plus important de citadins. Les habitants doivent avoir des comportements responsables envers l’environnement. La ville durable s’appuie sur davantage de partage des ressources (et une consommation raisonnée). Outre des sites comme web SOS21.com, qui propose, à travers l’interface d’un jeu vidéo en ligne, un monde virtuel (type Sim City) dans lequel l’avatar de la personne vit un quotidien rythmé par différentes actions qui permettent l’économie d’énergie, il existe de véritables organisations qui luttent pour sensibiliser et mener à bien des projets, des expérimentations, des réflexions sur l’apport des TIC dans le développement durable urbain. De nombreuses interfaces Web sont vecteurs d’information, d’apprentissage et de sensibilisation à ces questions d’écologie, et témoignent d’une participation active des citoyens dans les questions et les responsabilités environnementales, mais surtout ces réseaux permettent la mise en commun de propositions.
Parmi ces pistes, figurent les projets de co-voiturage, plus facilement réalisable, grâce aux réseaux de communication. Ces systèmes valorisent l’automobiliste, qui possède un transport en commun potentiel, dès qu’il le rend accessible aux autres. Nokia Research propose un «système dynamique », appelé "Empty seats traveling” (le voyage des sièges vides), qui consiste en un service basé sur l’usage des appareils personnels mobiles et de la géolocalisation pour faciliter et développer le co-voiturage. Très simplement, un listing des véhicules géolocalisés (avec le nombre de places disponibles) est établie, ainsi qu’en parallèle, une liste d’inscrits souhaitant bénéficier de ces transports. Le service permet de mettre en relation de manière directe et efficace les conducteurs et les passagers demandeurs. Ensuite, la personne paye sa course, selon le temps et la distance de trajet effectués. «Le scénario de Buchmann et Hartwig (Nokia Research) propose des pistes pour transformer la contrainte du covoiturage en “expérience sociale positive”» (8). Cette étude théorique apporte une proposition de service à partir des réseaux numériques et de la communication entre les personnes, dont l’enjeu est d’optimiser les échanges et les transports afin de réduire l’impact sur l’environnement. Peut-on aller plus loin dans les scénarios d’usage ? Comment les réseaux communautaires et sociaux permettront à terme de mettre en commun et échanger nos ressources, à l’échelle du quartier, de la ville, du territoire, voire de la planète ?
Les villes et les opérateurs mettent en place des projets qui utilisent les potentiels des technologies de communication et d’information, aussi bien au niveau des réseaux, que des divers objets connectés. Les usages présentés annoncent de nouvelles directions en terme de création de services publics.
Les utilisateurs les adopteront-ils de manière massive et durable ? La création de services dans ce domaine n’est-il aujourd’hui que réservé aux opérateurs télécom et aux collectivités ?
Comment faire cohabiter une série de services d’ordres différents au sein d’un même espace ? Où se situent les usages innovants ? Peut-on ici parler d’usages et de services prospectifs ? Comment concevoir des services publics ? Quel est le rôle et la place du designer dans la conception de ces services ?
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NOTES :
(1) george Amar, mobilités.net, puis dominique laousse
(2) Sous le titre “Mobilité touristique et terminaux nomades“, Claude Bannwarth (Lancéa Développement) et Bruno Marzloff (groupe Chronos) publient sur le site du ministère délégué au Tourisme une riche étude qui vise à “analyser les conditions à partir desquelles des services dédiés à la mobilité peuvent favoriser le développement du tourisme français, dans ses dimensions d’offres, d’accueil, d’informations et de marketing client.”
Au-delà d’une riche réflexion sur la mobilité, le tourisme, les attentes des utilisateurs et la structuration de l’offre, l’étude plaide pour une coordination plus grande entre les acteurs du tourisme, des transports et des technologies, qui ne peuvent agir seuls.
(3) http://www.francetelecom.com/fr/espaces/colocales/usages/Services/Point/
(4) http://www.francetelecom.com/fr/espaces/colocales/usages/Services/Contact/
(5) nous ne parlerons pas ici du cas des spams, messages publicitaires parasites, qui envahissent les boites mail de chacun. C’est pourtant là, un moyen de diffusion publicitaire intelligent, car gratuit et massif.
(6) Internetactu.net
(7) « Urbanisation et mobilité » Par Daniel Kaplan et Thierry Marcou. Villes.2.0 .Cette synthèse sur la ville et la mobilité constitue l'un des 10 dossiers de prospective publiés à l'occasion de Ci'Num 2006.
et http://www.tic21.com/
(8) «Quand Nokia s’intéresse au covoiturage» InternetActu.net - Hubert Guillaud - le 7/03/2007
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