LES NOUVEAUX PROCESSUS DE CREATION
Face à ces nombreuses évolutions technologiques et sociétales, créer des services urbains pour l’espace public nécessite un renouvellement dans les processus de conception. On observe actuellement un certain nombre de mutations dans les méthodes et outils de conception que nous allons déchiffrer afin de clore cette première partie.
Comment la structure organisationnelle du Net influence-t-elle les processus de création actuels ? (qui crée ? comment ? quels sont les outils et les terrains de création ?)
Que ce soit dans le domaine précis de la ville, ou dans d’autres contextes de création, en quoi est-il devenu nécessaire et indispensable que les différents acteurs s’associent et mutualisent leurs connaissances pour créer ?
LE CITADIN AU CENTRE DE LA CREATION
Le citadin est à tour de rôle, tout au long de la journée, usager des transports publics, usager pédestre de la rue puis usager de la voirie circulant de manière motorisé ou non, usager des réseaux de télécommunication, usager des équipements publics, usager des parcs et jardins, etc. L’usager est un client, client des services publics. Ce client est le même pour tous les acteurs de l’urbanisme (mobilité, direction de la voirie et déplacements, travaux publics, télécom, direction des parcs, jardins et espaces verts, etc) Les acteurs et concepteurs urbains doivent alors prendre conscience du fait qu’ils s’adressent à un même client partagé et le prendre en considération dans la création des services et aménagements urbains.
Aujourd’hui, nous sommes dans une phase où l’on tient de plus en plus compte des centres d’intérêts et des volontés de cet usager urbain. En effet, après avoir connu une crise de l’offre et de la demande concernant l’aménagement urbain dans les décennies précédentes, les centres urbains consacrent une place plus importante aux usages que fait le citadin de l’espace aménagé. Le but ayant été, pendant une longue période, de trouver des solutions pour des lieux donnés précis, les promoteurs immobiliers ou le BTP ont construit des aménagements peu adaptés à la réelle demande (ils offrent sans tenir compte de la demande). Ce type de procédé a fait naître des aménagements de voiries peu adaptés aux déplacements, aux rythmes et au comportement des usagers ou encore à des espaces verts délaissés. Dans ces cas de figures, les aménagements sont amenés à mal vieillir et à être remplacés quelques années plus tard, par d’autres solutions d’aménagement.
Aujourd’hui, le client-consommateur, à qui sont destinés les aménagements, produits et services urbains, a acquis un certain pouvoir qui lui donne une place plus importante dans le processus de création et de mise en service de l’aménagement ou du service urbain. Ce dernier bénéficie à présent d’un certain nombre de medias d’information qui lui permettent d’être actif et critique dans l’achat et la consommation qu’il fait des produits. Il peut comparer les prix sur Internet, trouver les articles d’occasion, se renseigner auprès d’autres consommateurs ayant déjà testé ou possédant ce produit, consulter des sites et forums « pour mieux acheter », etc. Il y a une véritable évolution dans la manière d’acheter et de consommer les produits, que l’usage des outils de télécommunication et d’information accélère et amplifie. Le consommateur devient conso-acteur. Comme l’explique Laurent Ponthou « les client coproduisent l’innovation en reparamétrant, détournant ou combinant les services, les offres et les technologies. » Cette attitude de consommation entraîne des évolutions dans les outils et méthodes de conception, qui s’opère également dans le domaine des services et produits urbains. Ainsi, pour que le produit ou le service proposé séduise et rencontre un succès (dont l’appropriation témoignera), il ne faut plus simplement proposer un usage basé sur une technologie innovante ; il faut, de préférence, étudier de près les besoins réels du client, ses désirs et surtout son comportement.
Didier Lombard, président de France Télécom précise que l’on assiste à une véritable mutation du marché en ce qui concerne les opérateurs de télécommunications. Ainsi le groupe France Télécom renouvelle sa stratégie d’innovation, en glissant d’une approche basée sur l’innovation techno push (càd une innovation par la technologie) à une innovation orientée client (stratégie NexT, 2005). « NexT, c’est une ambition, celle d’offrir à nos clients une nouvelle expérience des télécoms et une nouvelle génération de services ».(1) Dans ce programme, l’innovation se veut qualitative et devient une valeur portée par l’entreprise toute entière. Un des points importants à mettre en avant ici est le fait que le client est « au centre du projet dès le premier jour, avec des méthodes spécifiques de co-création et de design que nous [FT] développons et améliorons en permanence. Les idées sont designées dès le départ sous forme de scénarios d’usages, d’animations, de simulations, maquettes, prototypes, pour apprendre plus des clients et avec les clients. » (Mais France Télécom est une machine « lourde » et costaude et cela prend du temps de faire changer une entreprise, qui rappelons-le était encore une entreprise publique il y a dix ans.) L’exemple « NexT », mutation, renouvellement d’un processus de conception, témoigne du fait actuel qu’il est nécessaire pour les acteurs urbains de créer avec le client et pour le client, en s’associant avec des entreprises partenaires. On remarquera que certains des services proposés aujourd’hui par FT et Orange tendent effectivement à mieux s’adapter aux rythmes de vie des citadins, comme par exemple l’offre « Unik », sortie en juin 2006, qui consiste à avoir un seul et même téléphone, un seul et même abonnement regroupant la téléphonie mobile et fixe, basculant du réseau GSM, en extérieur, à la voix sur IP du réseau WiFi domestique, dans le périmètre de la maison. Autrement dit, Orange abolit la distinction entre téléphone fixe et téléphone mobile, entre les deux abonnements afin de rendre l’usage simplifié pour l’utilisateur et surtout la facturation optimale.
Aujourd’hui en tout cas, nous sommes dans une phase de transition, passant d’un schéma de création où l’on doit trouver des usages pour une technologie donnée, à une méthode multiple de création basée, au contraire, de plus en plus sur l’observation des usages actuels et des comportements quotidiens des citadins, et des utilisateurs en général. C’est ainsi que l’on crée de l’innovation d’usage et de nouveaux projets mieux adaptés.
Les entreprises et les acteurs urbains cherchent à mieux comprendre leur client (l’usager des services publics) et donc à mieux le connaître. Cette démarche d’apprentissage passe par de nouveaux outils de conception et de marketing qui permettent d’observer et d’analyser les usages et les comportements des personnes auxquelles s’adressent ces entreprises « en bout de chaîne ». Il s’agit de pouvoir prendre en considération les besoins et envies des utilisateurs en amont de la conception, afin d’imaginer et de concevoir des services et produits urbains qui s’approchent au mieux de leurs attentes et qui remportera un vif succès grâce à une appropriation et une valeur d’usage forte.
L’une des problématiques récurrentes de création urbaine actuelle est, ce que nomme Bruno Marzloff, la «suite servicielle». Le groupe Chronos définit le concept de suite servicielle comme « l’idée d’assurer tout au long du parcours du voyageur, une permanence d’accès aux ressources, tant informations que services, dont il souhaiterait l’usage. » (2) Cette suite servicielle est souhaitable aussi bien dans les services relatifs à la mobilité, mais également dans les services urbains en général (voir sous-partie 1 E) Cette problématique témoigne d’un réel souci des comportements et besoins de l’utilisateur dans la conception de services urbains. « Ce concept met en valeur l’absolue nécessité de faciliter le quotidien » du citadin. En effet, pour l’usager lambda, il est bien plus pratique et logique de pouvoir bénéficier de sa communication téléphonique à l’intérieur, comme à l’extérieur, sans interruption et sans avoir à se soucier du support de communication et du coût de celle-ci. De la même manière, il serait plus aisé de pouvoir acheter des titres de transport RATP, dans ma gare de province, au moment où je réserve mon billet de train SNCF pour me rendre à Paris. La continuité servicielle dans les usages entre les différents services offerts (mobilité, information de quartier, information culturelle, etc.) s’effectue par la création un « réseau de la continuité », càd une infrastructure qui permettra à l’utilisateur de ne plus faire de « distinction entre intérieur et extérieur (cela passe par une connexion permanente, donc d’un usage du téléphone portable partout ), plus de distinction géographique, plus de différenciation de contexte d’usage » (3). C’est ce qu’on appelle un usage sans couture. Privilégier l’usage sur la technique est une manière de proposer des services plus humains, plus optimaux pour le client-usager. En effet, celui-ci ne doit plus être contraint aujourd’hui par les prouesses techniques, ni en faire l’apprentissage, il s’agit de pouvoir utiliser les services et les produits numériques sans avoir à se soucier de sa localisation, du support de l’interaction et du coût de l’usage.
Ceci sera de plus en plus possible grâce à un réseau pervasif, autrement dit un réseau offrant la potentialité de la connexion partout et en haut débit. Le réseau Internet haut débit et sans fil doit devenir aussi « naturel » (et évident) que le réseau d’électricité urbain, qui dessert aujourd’hui tous les endroits de la ville. L’intelligence ambiante et l’ubiquité de la connexion permettront d’imaginer de nouveaux types de services et d’accessibilités, et d’élargir le champ des objets connectés, des interfaces, des fonctions et les comportements des individus face au réseau et à l’espace public. Nous sommes face à un environnement global dont le centre est l’utilisateur, qui au niveau de l’espace public se traduit par des services, des informations personnalisées, géolocalisées et appropriées aux contextes (mobilité, loisir, information de quartier, démarches administratives et services publics, etc.) et aux supports.
Comme nous l’avons cité au début de cette sous-partie, une forte démocratisation et appropriation des usages du Net ont conduit l’usager, dont les exigences et les désirs ont évolué, à devenir actif et créatif face aux services proposés en amont. Ceci entraîne une mutation des schémas de conception et de création d’autant plus importante, que nous assistons à la naissance de plusieurs projets d’initiative personnelle privée, aussi bien sur le Web, que sur le terrain d’expérimentation que constitue l’espace public urbain (qui peut faire figure de laboratoire de recherche). Ces projets sont boostés par la démocratisation des outils de l’Internet et de l’Internet mobile (outils hardware et software semi-professionnels performants, connexion haut débit sans fil qui se répand et couvre de plus en plus de parcelles du territoire urbain, etc.) Ainsi, s’ajoutant aux projets de jardins collaboratifs urbains qui fleurissent petit à petit dans plusieurs villes françaises sur des terrains jusqu’alors en friche, à l’initiative des habitants eux-même, plusieurs projets communautaires, informatifs, culturels, faisant usage du numérique, émergent dans l’espace public. Nous en verrons des exemples en seconde partie du mémoire. Pour la plupart, ces projets sont à l’état d’expérimentation, mais peu de paramètres à ajouter seraient nécessaires à leur « commercialisation » et leur généralisation. (On peut citer ici en référence le projet Peuplade, projet local d’initiative personnelle et privée, qui est devenu un réseau communautaire d’information et de vie de quartier, se répandant et s’étendant, se généralisant sur Paris, grâce à la prise en main de SFR, la RATP et la Mairie de Paris.) De cette manière, les processus de création ne s’effectuent pas seulement de manière verticale, càd des entreprises et des collectivités vers les usagers, mais également de manière transversale, des privés vers les privés : le public propose lui-même son offre. Cette intelligence ambiante potentielle et émergente va accentuer davantage l’action des citadins et la possibilité qu’ils ont de publier et donc de créer des services dans l’espace public. Ces projets et expérimentations révèlent des usages qui leur sont plus appropriés, à l’instar des usages développés sur le Web 2.0. Aujourd’hui, le citadin n’est pas uniquement usager des services et change de statut : ce n’est plus uniquement un client qui reçoit l’offre, il devient acteur des services urbains. Ce n’est plus l’usager passif d’un réseau dont il ne fait que recevoir de l’information. L'habitant devient acteur et créateur, soit en participant à la vie des projets ou soit en créant un nouveau service. D’autres projets que nous verrons en seconde partie incluent la participation et la création de l’utilisateur, soit dans leur élaboration, soit dans la vie du projet. Ces projets et expérimentations d'initiative privée interrogent les structures mises en place. Il est possible de faire émerger des services nouveaux, sans qu’ils ne soient pensés ni autorisés par les collectivités, sans qu’ils ne soient proposés par la ville, mais simplement conçus, réalisés et mis en place par les citadins eux-même. De plus, ceux-ci révèlent ainsi des tendances et des envies / des besoins qu’ont les habitants et surtout apportent une forte part d’innovation dans les usages. Les acteurs urbains traditionnels sont dépassés par les pratiques innovantes que proposent et réalisent les usagers avec les technologies de communication, leurs réseaux et leurs outils. Les citadins sont co-créateurs des développements technologiques, des usages et des services urbains publics.
Est-il alors possible de développer des services urbains à partir des pratiques nouvelles des citadins et des expérimentations créées ? Est-il préférable de continuer à encourager l’initiative privée, en la considérant comme révélatrice de tendances et de comportements et l’intégrer dans des outils de conception des entreprises ?
TRANSDISCIPLINARITE ET MUTUALISATION DES SAVOIR-FAIRE
Il existe de multiples acteurs qui agissent sur la ville, la construisent et influent sur son développement et son aménagement. Il y a d’une part la collectivité et les créateurs d’espace (BTP, architectes, paysagistes, urbanistes). L’urbanisme n’est plus uniquement géré par des urbanistes ou architectes ; d’autres corps de métiers, tels que les sociologues, ethnologues, anthropologues, historiens, ou autres spécialistes en sciences humaines, participent également à l’étude et à l’élaboration d’aménagements publics, car la ville, ses habitants et les activités urbaines font partie de leur objet de réflexion. Nous évoquions en début de première partie également la présence des acteurs commerciaux et financiers ainsi que des acteurs de télécommunication dans l’aménagement du territoire urbain. Bien qu’ayant des buts divergents, toutes ces personnes, tous ces corps de métiers travaillent et agissent sur le même territoire, sur le même objet qu’est la ville. Chacun conçoit un morceau de ville, pour organiser au mieux les déplacements, les réseaux, l’habitat, le stockage des marchandises, le commerce, les services publics, etc. et compose in fine le même territoire pour un même usager, pour un même client-partagé.
Or pour l’instant, il n’est pas évident pour ces différents acteurs issus de secteurs d’activités variés et de cultures différentes de travailler ensemble. La plupart même ne se consulte pas encore, bien que leurs spécialités se complètent. Il devient donc urgent de mettre en commun et d’effectuer des ponts entre les acteurs urbains pour concevoir des projets, des services et des aménagements publics à la hauteur des attentes du citadin-client, élément central de la création urbaine. Cette convergence des savoir-faire et cette co-opération entre les acteurs traditionnels de la ville et les acteurs télécom du milieu urbain est nécessaire pour garantir une qualité de réponse d’un projet, comme le souligne le manifeste du programme Villes 2.0.
Les études des uns peuvent profiter aux réflexions des autres, les points de vue peuvent être échangés pour faire avancer les choses. Surtout dans le contexte actuel où les technologies sont vite remplacées par de nouvelles et les usages urbains quotidiens par de nouvelles pratiques émergentes. Le domaine des TIC, aussi bien que les sociabilités évoluent très vite. Et en parallèle, les projets initiés par les particuliers eux-mêmes nous conduisent à la remise en question de notions urbaines. Peut-on parler d’une « crise » de la conception urbaine?
L’enjeu est aujourd’hui de mutualiser les connaissances pour offrir un service urbain optimal et répondre au concept de « suite servicielle » défini par Bruno Marzloff. Ce « réseau de la continuité », défini auparavant, nécessite la collaboration et la confrontation des entreprises qui doivent devenir co-acteurs sur des projets urbains, au sein de partenariats par exemple. Un autre enjeu de cette démarche est également d’apporter une nouvelle vision et un renouvellement des modes de conception, par la confrontation et le partage des savoirs et savoir-faire de chaque expert. Cela permet notamment d’établir un portrait complet, un pannel complet du terrain d’investigation.
Mais faire travailler ensemble différents corps de métiers signifie confronter des visions, des points de vue qui peuvent aller à l’encontre l’un de l’autre dans leur démarche, malgré leur complémentarité. Si je me réfère à mon expérience à l’Ensci, je citerais le projet Paracity, auquel j’ai participé et que nous avons réalisé dans le cadre d’un workshop réunissant une vingtaine d’étudiants de notre école et de l’école d’architecture de Paris-Val de Seine d’avril à juillet 2005. L’alliance architecte/designer sur cette expérience n’a pas été très évidente à ses débuts. La phase « concept » a été une période de conflits et de mésentente. Nous avions d’une part, à trouver un langage commun et mettre en commun nos cultures et références diverses, et au-delà, à comprendre les méthodes de conception et de création de nos deux corps de métier et à composer avec. En effet, de manière générale, chaque spécialiste a son vocabulaire propre qui ne coïncide pas avec le langage des autres et peuvent ainsi créer des terrains d’incompréhension et de désaccord. Il est également difficile d’abandonner ses notions et définitions pour s’adapter à l’autre (et donc faire un apprentissage de l’autre). De plus, chaque spécialiste tend à rapporter généralement le sujet à sa propre expertise qu’il maîtrise (comme pour se flatter lui-même de connaître si bien son domaine de travail et parce que l’inconnu fait peur), et ainsi le dialogue avance lentement et difficilement sans un minimum d’ouverture. En revanche, nos deux équipes, apprentis designers et architectes, ont réussi à travailler main dans la main lors de la phase de réalisation et de construction du projet, car nos deux savoir-faire et méthodes se complétaient très bien sur la construction du projet, l’application étant précise et commune. Cette expérience, couplée aux observations décrites ci-avant, m’amènent à un questionnement sur la complémentarité des corps de métier sur un même projet. Dans quelle mesure plusieurs acteurs de la ville peuvent agir ensemble sur un même projet urbain ?
Suite à une discussion avec Jean-Louis Fréchin, designer, à propos du fait de faire travailler ensemble différents personnes aux compétences différentes : ingénieur, artiste, architecte, philosophe, etc. je noterai que là où il est intéressant de faire travailler ensemble des spécialistes est justement lorsque leur domaine se complètent. C’est-à-dire lorsque leurs compétences couvrent des zones de savoir-faire, de connaissances qui se recoupent. Lorsque cette intersection est moindre mais bien existante cela permet de faire évoluer le projet, grâce à l’apport de chacun. Faire travailler ensemble deux personnes dont les champs de compétences se recouvrent trop reste plus stérile au niveau créatif. J’ai l’intention en tout cas de mener un travail collaboratif dans le cadre de mon projet de diplôme, un peu à l’exemple des « laboratoires du futur » que nous décrivons ci-après. De plus, notre école nous permet, en tant que designer, d’être en relation avec des ingénieurs, des artistes, des philosophes, des sociologues, des électroniciens.
Prenons pour conclure l’exemple des laboratoires de recherche tels que le MIT aux Etats-Unis dans le Massachussetts, l’ATR à Kyoto, le Victoria Intitute suédois, le ZKM à Karlsruhe, l’Interaction Design Institute Ivrea en Italie. Il s’agit d’unités de recherches sur la technologie, ses enjeux et usages, composées de chercheurs spécialistes au métier hybride (à la fois artistes, ingénieurs, électroniciens, designers) Ces « lab » témoignent du succès de la collaboration et du travail d’équipes pluridisciplinaires, tant dans l’innovation technologique que dans l’innovation d’usage. La description qu’en fait Laurent Ponthou est assez juste et appuie notre propos : « Ces centres de recherches et ces institutions doivent leur origine à une prise de conscience de la nécessité de mettre en œuvre des recherches pluridisciplinaires pour explorer les potentialités de l’ère numérique qui s’ouvrait. Etroitement liés au monde scientifique et technique, dont ils sont issus, leur positionnement sur les nouveaux médias ou sur les interfaces les a mis en relation avec le monde artistique. Chercheur ou artistes ? La séparation est parfois fragile, car ils partagent la même passion de la création et de la confrontation de leurs idées à un public. Leur culture du partenariat et de la coopération est très forte : c’est un moyen de co-financer ces laboratoires, d’orienter les recherches vers les besoins du marché et d’associer très tôt des partenaires de multiples horizons, qui peuvent compléter et enrichir la culture des chercheurs à profil technique. »(4)
Entre la sphère des techno et les clivages du marketing, le designer peut avoir un rôle fédérateur, il est intermédiaire et trait d’union de ces acteurs autour de projets communs. En tant que créateur, acteur, usager, le designer a une posture qui lui permet de mieux définir des usages potentiels, grâce notamment à la définition et la mise en image de scénarios d’usage. La réflexion se veut alors basée sur l’observation analytique, l’écoute et la proposition, plutôt que sur l’énonciation d’une solution figée immuable. Cette méthode permet de faire évoluer les espaces, d’être réactif et de mieux comprendre les besoins. En tant que designer, nous avons une approche de création centrée sur l’utilisateur, ses besoins, ses envies. Et afin de répondre à un enjeu spécifique, ou à un besoin spécifique, le designer convoque son expérience, sa méthode, ses savoir-faire industriels et les différents acteurs et industries nécessaires à la réalisation optimale d’un projet pour l’utilisateur. Enfin, comme l’évoquent parallèlement Pierre Musso et Eric Seulliet (5), il est justement important de s’appuyer sur les échanges entre les différentes sphères de la création de projet en entreprise (le marketing, les techno et le design) pour concevoir des services innovants et nouveaux produits que les consommateurs adopteront durablement.
Mais un renouvellement de la création urbaine passe-t-il uniquement par les méthodes et procédés de conception des services urbains?
Comment concevoir et imaginer des services urbains innovants, nouveaux et fédérateurs ?
Quel est le rôle du designer dans ce domaine de la création ?
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NOTES :
(1) (4) et (5), Fabriquer le Futur - 2 , 2006
(2) Mobilités.net : Bruno Marzloff « La mobilité, c’est la mobilisation des accessibilités », 2003 et l’étude « Mobilités touristiques et terminaux nomades », 2005
(3) Mobilités.net : Rafi HALADJIAN « de l’inéluctabilité du réseau pervasif », 2003
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samedi 24 mars 2007
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